Notre
service de renseignements sur l'environnement
traduit de World Watch
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Le manque
d'eau pourrait prendre de court la prochaine génération
Par Janet L. Sawin
Jusqu'à
7 milliards d'individus dans 60 pays - plus que la population mondiale
actuelle - pourraient manquer d'eau d'ici les 50 prochaines années,
d'après le Programme mondial pour l'évaluation des ressources
en eau des Nations unies paru en mars dernier. Ce rapport est l'estimation
la plus complète des ressources en eau à ce jour. D'autres
rapports rendus publics le même mois présentent d'effrayantes
prévisions des impacts du manque d'eau sur la santé humaine,
l'environnement, et la stabilité politique mondiale
(1).
Les
besoins en eau douce ont triplé ces cinquante dernières
années, et continuent à augmenter en raison de l'augmentation
de la population et du développement économique. A peu
près 70% de la demande concerne le secteur agricole. Mais l'augmentation
de la consommation d'eau n'est pas seulement une conséquence
de l'augmentation du nombre de personnes ayant besoin d'eau et de nourriture
; elle résulte également de la pollution et de la mauvaise
exploitation des ressources en eau, à la fois directement par
le rejet ou le ruissellement d'effluents dans l'eau, et indirectement
par la pollution de l'air et des sols. Ces dégâts sont
accélérés par la destruction des zones marécageuses
et d'autres méfaits, parmi lesquels le réchauffement de
la planète causé par l'homme. D'après le rapport
de l'ONU, "de récentes estimations laissent entendre que
les changements climatiques seront responsables d'à peu près
20% de l'augmentation du manque d'eau dans le monde dans les décennies
à venir".
La
mauvaise gestion de l'eau est devenue une crise de gouvernance qui aura
un impact très lourd sur la santé publique et l'environnement,
tout en exacerbant les conflits, les tensions et les conflits autour
des ressources en déclin. Au niveau mondial, l'impact sera plus
grand sur les populations les plus pauvres qui sont plus vulnérables
aux maladies véhiculées par l'eau - ce qui perpétue
leur pauvreté. Aujourd'hui, 1,1 milliard de personnes n'ont pas
accès à l'eau potable, et 2,4 milliards n'ont pas les
installations sanitaires adéquates. En l'an 2000, 2,2 millions
de personnes selon les estimations, pour la plupart des nourrissons
et des enfants de moins de cinq ans, sont morts de maladies liées
à l'eau. Cependant, ce ne sont pas seulement les pauvres qui
courent un danger. A peu près en même temps que la publication
du rapport de l'ONU, deux autres rapports publiés dans le New
Jersey ont révélé que les réserves d'eau
de l'État contenaient des centaines de produits chimiques parmi
lesquels des stéroïdes, des détergents, des pesticides,
des conservateurs, et des substances médicales. Même si
ceux-ci n'étaient présents qu'en très petite quantité,
les chercheurs n'excluent pas la possibilité de risques pour
la santé liés à l'ingestion de produits chimiques
multiples sur une longue période. Les étendues d'eau étudiées
contenaient des antibiotiques pouvant engendrer des bactéries
résistantes aux produits pharmaceutiques et des substance perturbant
la sécrétion d'endocrines qui pourraient être à
l'origine de défaillances neurologiques et reproductrices congénitales.
D'autres études aux États-Unis et en Europe ont donné
des résultats similaires, et les tests ont détecté
des traces de produits similaires dans des centaines de lacs, de torrents
et de rivières.
Le
rapport de l'ONU conclut qu'une issue plus positive est encore possible,
mais à condition que la communauté internationale améliore
les infrastructures, tire pleinement parti des technologies de conservation,
planifie de façon appropriée la tarification et fasse
passer des accords appropriés sur le prix et le traitement de
l'eau. Pour les pays du Nord, la mise à jour des installations
de traitement de l'eau pour combattre les produits contaminants sera
coûteuse mais nécessaire pour préserver la santé
humaine. Une des conclusions de ce rapport est que de tout miser sur
le traitement de l'eau est une bataille perdue d'avance et qu'il devient
de plus en plus urgent, dans tous les pays, de réduire ou d'éliminer
la pollution à sa source.
Les
mauvaises herbes résistantes au Roundup mettent Monsanto dans
l'embarras
Par Ed Ayres
L'herbicide
le plus populaire au monde perd de son efficacité. Le Glyphosate,
plus connu sous le nom de Roundup, a été tellement utilisé
sur les cultures intensives de soja, de coton, et de maïs qu'il
a fini par déclencher une évolution en réaction.
Le Roundup est produit par Monsanto spécialement pour les besoins
des agriculteurs qui cultivent les semences génétiquement
modifiées de la marque. Les semences Roundup Ready sont étudiées
pour être insensible aux herbicides Roundup, donnant aux agriculteurs
le soi-disant avantage de pouvoir pulvériser le produit directement
sur les cultures. Or cette facilité d'utilisation a encouragé
une utilisation tellement massive que les rares herbes pouvant survivre
à l'herbicide ont commencé à bien se développer
dans les champs où les autres avaient été éliminées.
Ce
début d'échec peut se révéler être
un encouragement à se tourner vers des techniques plus durables
et biologiques, dans la mesure où le seul remplacement du Roundup
par d'autres combinaisons d'herbicides/OGM ne feraient que favoriser
l'apparition de nouvelles herbes plus résistantes.
Projet
de construction de la plus grande installation éolienne au monde
dans l'Iowa
Par Anand Rao
L'Iowa
aura bientôt la plus grande installation éolienne du monde,
si MidAmerican Energy Company, filiale de MidAmerican Energy
Holding Company de Warren Buffet mène à terme son
projet de construction d'un parc éolien de 310 mégawatts
(MW) sur 100 hectares des terres cultivables de l'État. Avec
un parc de 180 à 200 turbines et un coût de départ
323 millions de dollars, le projet, une fois achevé en 2006,
aura la capacité d'alimenter 85'000 foyers en électricité.
MidAmerican Energy Holding Company est une société
active dans le domaine des énergies renouvelables, générant
15% de son électricité de cette manière.
Ce
projet est viable économiquement pour plusieurs raisons. L'énergie
éolienne n'est pas sujette aux fluctuations radicales de prix
comme c'est le cas pour le gaz naturel et le pétrole, son coût
de production stable peut donc fournir une sécurité contre
l'augmentation du prix des combustibles, et aider MidAmerican à
respecter son engagement de ne pas augmenter les prix d'ici 2010. Le
coût de production de l'électricité éolienne
est évalué à 4,2 cents par kilowatt heure (kWh),
ce qui comprend 1,8 cents par kWh d'avoir fiscal fédéral.
Ce projet permettra également à la société
de bénéficier d'un crédit d'impôt accordé
par l'État pour la construction et l'exploitation d'installations
éoliennes, grâce à la loi passée par le gouverneur
Tom Vilsack deux semaines après l'annonce par MidAmerican de
son projet.
On
ne voit pas encore très clairement si ce projet reflète
un vrai engagement de MidAmerican sur la voie des énergies propres,
ou s'il s'agit uniquement d'une opération de relations publiques
de la part d'une entreprise dont l'exploitation de combustibles fossiles
est importante, près de 85% de sa production venant du charbon.
La coïncidence entre la subvention de l'État aux énergies
renouvelables et la perspective d'un nouveau parc éolien est
peut-être un mariage politique de convenance, puisqu'il représente
une aubaine pour MidAmerican dans le domaine des relations publiques
tout en aidant le gouverneur à détourner l'attention publique
d'un projet pour construire d'autre centrales utilisant des combustibles
fossiles dans l'Iowa, parmi lesquelles une centrale au charbon de 790
MW, et une centrale au gaz naturel de 540 MW, toutes deux plus importantes
que le parc éolien. Les écologistes sont inquiets et pensent
qu'une fois que MidAmerican aura sa propre installation éolienne,
la société ne renouvellera pas ses contrats d'achat avec
les producteurs locaux, changeant seulement la source de son énergie
éolienne au lieu de vraiment augmenter la capacité de
production éolienne de l'État.
Quoi
qu'il en soit, le projet bénéficiera de façon substantielle
aux habitant de l'Iowa. Les fermiers louant leurs terres pour le projet
recevront un dédommagement pouvant atteindre jusqu'à 4000
dollars par an et par turbine.
Les
produits biologiques seraient plus riches en substances bénéfiques
pour la santé
Par Brian Halweil
D'après
une étude de l'Université de Californie de Davis (UCD),
les végétaux cultivés sans pesticides contiennent
une plus grande concentration d'antioxydants et d'autres composants
bénéfiques pour la santé que les produits cultivés
avec des pesticides. Cette étude confirme ce que suspectaient
depuis longtemps certains nutritionnistes et scientifiques spécialisés
dans l'agriculture : l'utilisation massive de pesticides et d'engrais
chimiques peut perturber la capacité des plantes à synthétiser
certains composants phytochimiques ayant des propriétés
anti-oxydantes réduisant les risques de cancers, d'attaques,
de maladies cardiaques et d'autres maladies.
Des
chercheurs ont effectué des tests sur du maïs, des fraises,
et une variété de framboise, pour détecter la présence
de phénoliques, de puissants antioxydants présents dans
la plupart des fruits et légumes. Les phénoliques comprennent
certaines flavines naturelles présentes dans le raisin et dans
d'autres fruits rouges et légumes, et la vitamine C (acide ascorbique)
présente dans la plupart des agrumes. Tous les produits venaient
de la même ferme dans l'Oregon, qui pratique l'agriculture biologique
(pas de pesticides ou d'engrais chimiques), l'agriculture durable (peu
ou pas de pesticides chimiques) et l'agriculture conventionnelle, avec
les même variétés, les mêmes sols et les mêmes
périodes de récolte.
Le
maïs issu de l'agriculture durable contenait 58% de phénoliques
en plus par rapport au maïs issu de l'agriculture conventionnelle
et le maïs biologique 56% de plus. On a obtenu les mêmes
résultats avec les framboises. Les fraises issues de l'agriculture
durable contenait 19% de phénoliques en plus par rapport aux
fraises issues de l'agriculture conventionnelle (aucun échantillon
de fraises biologique n'était disponible). D'après son
principal auteur, Alyson Mitchell, professeur assistante du département
de sciences et technologies nutritionnelles de l'UCD, c'est la première
étude montrant un rapport entre les techniques de production
et les composants phytochimiques :
"Beaucoup
de ces composants sont synthétisés pour protéger
la plante des insectes et des maladies. Donc, si nous protégeons
les plantes avec des pesticides, elles ne vont pas gaspiller de l'énergie
à les produire de façon naturelle." Par contre, les
produits cultivés de façon biologique, ou durable, avec
peu ou pas de pesticides, doivent s'en remettre à leurs propres
défenses. Bien sûr, les cultures conventionnelles peuvent
aussi être exposées à des attaques de parasites,
c'est pourquoi Mitchell et son équipe prévoient d'étudier
si l'utilisation de produits chimiques peut bouleverser de façon
directe la production de ces composants bénéfiques par
la plante. Selon les déductions de Mitchell, le taux légèrement
plus élevé de composants phytochimiques dans les échantillons
de produits issus de l'agriculture durable comparé aux échantillons
biologiques peuvent refléter une présence de nutriments
plus adéquate, les cultures durables ayant toutes été
traitées avec des engrais chimiques.
La
désertification de la Chine s'intensifie
Par Ed Ayres
Le
pays le plus peuplé du monde perd du terrain, au propre comme
au figuré, dans son long combat pour empêcher les terres
cultivables de se dessécher et de se transformer en poussière.
Le problème n'est pas nouveau, mais des signes récents
indiquent que les tentatives faites pour enrayer cette perte pourraient
en réalité faire s'aggraver les choses. En novembre 2002,
le satellite Terra de la NASA a observé une immense tempête
de poussière se déplaçant au dessus du nord-est
de la Chine en direction de la péninsule coréenne et du
Pacifique. Il s'agissait d'une tempête similaire à celle
qui s'était déplacée depuis la Chine un an plus
tôt, transportant suffisamment de poussière pour assombrir
brièvement le ciel nord-américain. Les tempêtes
de poussière géantes sont devenues les signes périodiques
d'un effritement continuel des sols dans les terres soumises à
un pâturage trop intensif ou érodées, mais aussi
dans le désert de Gobi et les autres zones arides du pays.

Bien
sûr, la désertification érode la surface agricole
de la Chine depuis des millénaires à en croire l'Académie
des sciences chinoise, l'Université d'Australie de l'Ouest et
l'Université d'Arizona, qui ont récemment publié
leurs découvertes : les activités humaines auraient provoqué
dans le nord de la Chine une avancée du désert de plus
de 300 km en direction du sud au cours des trois derniers millénaires.
Cette désertification s'est accélérée depuis
50 ans, dès lors que la forte croissante démographique
a intensifié la demande en produits agricoles et entraîné
une réduction de l'eau d'irrigation et un appauvrissement des
sols. La surface de terre disponible pour la production de nourriture
par personne à été divisée par deux entre
1950 et 1990, et depuis lors - malgré les efforts du gouvernement
pour enrayer le problème - aucune solution n'a été
trouvée.
Dans
les années 90, le gouvernement chinois a entrepris d'exiger que
l'espace utilisé pour l'expansion des villes soit remplacé
par de nouvelles terres pour l'agriculture, ce qui a eu pour résultat
l'exploitation de terres de plus en plus pauvres, dont le sol peu profond
s'assèche vite et est balayé par le vent. Alors que la
Chine est à peu près de la taille des États-Unis,
elle a huit fois moins de bonnes terres agricoles pour trois fois plus
d'habitants. Ironiquement, l'une des conséquences de la tentative
d'utiliser les mauvaises terres est qu'un nombre important de fermiers
pauvres ont abandonné leurs champs aux vents pour rejoindre les
immenses courants migratoires internes vers les villes du pays - exacerbant
encore plus la compétition entre les villes et l'agriculture
pour les terres et l'eau.
L'un
des signes les plus visibles de l'érosion dramatique des ressources
du sud chinois est la poussière. D'après l'agence météorologique
chinoise, il y a eu 23 tempêtes de poussières majeures
dans les années 90 - une grande augmentation par rapport à
leur fréquence dans les décennies passées.
Les
Patagoniens disent non à une mine d'or envahissante
Par David Taylor
Les
habitants de la ville d'Esquel, en Argentine, on voté en mars
dernier contre le projet de forage d'une mine d'or à ciel ouvert
à proximité de leur ville. Le vote a été
un important revers pour la société minière canadienne
à l'origine du projet. Plus de 80% des votants ont rejeté
le projet, et la participation a atteint 75% pour 28'000 habitants.
Le
projet Esquel Gold, devisé à 100 millions de dollars,
devait être réalisé dans la partie supérieure
des Andes dans le sud de l'Argentine, à 8 kilomètres d'Esquel.
La mine et la ville se trouvent dans la magnifique province de Chubut,
plus communément connue sous le nom de Patagonie. Le parc national
de Los Alerces, à 32 kilomètres de l'endroit proposé
pour la mine, abrite l'alerce, arbre de la famille des séquoias
géants de Californie.
Pour
la majorité des habitants d'Esquel, ce sont les problèmes
de qualité de l'eau qui dominent le débat. Fernando Diaz,
un géologue de Buenos Aires, a calculé que la mine pourrait
utiliser jusqu'à un tiers d'un important aquifère local.
D'autres s'inquiètent du fait que la mine pourrait contaminer
les cours d'eau alimentant le réservoir local, le lac Williamanco.
Comme la plupart des mines d'or, le projet de la société
Méridian utiliserait du cyanure pour extraire l'or du minerai
broyé, et les habitants affirment que les problèmes de
contamination de l'eau n'avaient pas été traités
de façon appropriée dans l'étude de l'impact environnemental
de la mine.
Le
résultat du référendum ne règle pas la question,
mais il pourrait en affecter l'issue de façon significative de
par ses retombées sur les performances boursières de la
société. Un précédent a été
établi en juin 2002 à Tambogrande au Pérou, où
un vote similaire pour empêcher la construction d'une mine d'or
proposée par la société canadienne Manhattan
Minerals a fait chuter les actions de la société de
28% en une journée.
A
Esquel, Matilde Lenzano, membre du conseil municipal, a expliqué
les tactiques mises en uvre par Meridian pour s'attirer les faveurs
de la communauté : "Ils ont donné de l'argent pour
acheter des marchandises (nourriture, fournitures scolaires) à
distribuer dans les quartiers les plus défavorisés. Pendant
les manifestations en faveur de la mine, ils ont fait venir des gens
de [la ville portuaire industrielle de] Comodoro Rivadavia pour augmenter
le nombre de leur supporters. Toutes ces actions ont été
menées pour acheter les gens pour qu'ils se prononcent en faveur
de la mine. La corporation s'est comportée sans le moindre scrupule."
L'OMS
confirme : le problème majeur n'est pas la propreté des
seringues, ce sont les rapports non protégés
Par Radhika Sarin
Une
découverte politiquement dangereuse sur la transmission du HIV
en Afrique subsaharienne a été réfutée par
un groupe d'experts mandaté par l'Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) et l'UNAIDS.
La
controverse a éclaté il y a quelques mois avec la publication
d'une série d'articles dans l'International Journal of STD
and AIDS, qui liaient la majorité des infections au manque
d'hygiène des pratiques médicales : réutilisation
des seringues, transfusion de sang contaminé, utilisation d'outils
chirurgicaux mal nettoyés. Les articles, rédigés
par un groupe de chercheurs sous la direction de David Gisselquist (un
consultant indépendant avec un doctorat en économie),
soutiennent que seulement à peu près un tiers du total
des infections par le virus HIV en Afrique Subsaharienne sont transmises
par relations hétérosexuelles. Ces conclusions contredisent
radicalement les découvertes de l'OMS/UNAIDS, qui attribuent
90% des infections en Afrique à des rapports sexuels non protégés.
L'équipe de Gisselquist suggère que les préjugés
européens concernant la promiscuité sexuelle en Afrique
et la peur de générer une méfiance du public envers
la médecine ont empêché jusqu'à maintenant
l'étude sérieuse du risque médical dans la transmission
du HIV.
En
réponse, l'OMS et l'UNAIDS ont convoqué une équipe
d'experts pour passer en revue toutes les informations récoltées
jusqu'à maintenant, y compris le travail de Gisselquist. Les
experts ont trouvé des failles significatives dans les déclarations
de Gisselquist et réaffirmé que les relations sexuelles
non protégées restaient le mode de transmission prédominant
du virus dans la région, et que les contaminations par injections
ne représentaient qu'approximativement 2,5% des infections. La
position de l'OMS/UNAIDS a été appuyée par le secrétaire-adjoint
américain à la santé et aux services sociaux (HHS),
Claude Allen, qui a déclaré à une audience devant
le Sénat en mars : "Nous [le HHS] sommes prêts à
défendre le chiffre de 90% [par transmission sexuelle]."
Selon
l'OMS/UNAIDS, rendre les injections plus sûres devrait être
une priorité sanitaire mondiale (sur une estimation de 16,7 milliards
d'injections par an dans le monde, à peu près 40% sont
réalisées avec des seringues non stérilisées),
mais des injections dans de meilleures conditions d'hygiène ne
suffiront pas à faire reculer le virus. En comparant le HIV et
le virus de l'hépatite C (HCV), qui se transmet assez facilement
par les seringues et le sang, mais pas par les relations sexuelles,
les experts ont trouvé peu de corrélations entre les deux.
En effet les pays avec des programmes avancés de stérilisation
des seringues, comme le Zimbabwe ou l'Afrique du Sud, ont des taux particulièrement
hauts de HIV tout en ayant des taux bas de HCV. L'enquête montre
également que la prédominance du HIV chez les enfants
de moins de 5 ans - un groupe systématiquement vacciné
- est due principalement à la transmission mère/enfant,
ce qui ne serait pas le cas si les aiguilles étaient fréquemment
contaminées. Les enfants vaccinés nés de mère
séronégatives sont très peu infectés.
|
"Le
poids des preuves scientifiques ne corrobore pas la théorie
selon laquelle l'hygiène médicale serait responsable
d'une beaucoup plus grande proportion d'infection par le HIV en
Afrique subsaharienne que précédemment établi."
- OMS/UNAIDS
|
Le
groupe d'étude a également critiqué l'utilisation
par l'équipe Gisselquist d'informations sur les comportements
sexuels reportés par les sujets eux-mêmes. D'après
l'OMS/UNAIDS, les gens ont tendance à minimiser leurs activités
sexuelles. On a remarqué par exemple que sur une étude
réalisée auprès de 980 femmes, 23 contrôlées
séropositives avaient déclaré ne jamais avoir eu
de rapports sexuels, mais 15 femmes enceintes avaient fait la
même déclaration.
Le
rapport de l'OMS/UNAIDS affirme également que le risque de transmission
de 2,3% (la probabilité par individu d'être infecté
par une seringue contaminée) avancé par Gisselquist est
trop haut. L'OMS évalue le risque de transmission à 0,3%,
et utilise une valeur plus haute, de 1,3% pour arriver à des
estimations qu'elle considère comme "généreusement
élevées". Selon les experts, les risques les plus
importants restent ceux liés aux relation sexuelles non protégées.
Le
dessalement devient une industrie
Par Ed Ayres
Dans
les discussions à propos de la crise mondiale grandissante de
l'eau, l'option du dessalement - faire de l'eau douce à partir
d'eau de mer - a rarement été prise au sérieux,
surtout à cause de son coût prohibitif, en tout cas pour
des volumes importants. Il n'était apparu comme nécessaire
de dessaler à grande échelle que dans certains pays arides
mais riches en pétrole du Moyen-Orient ou d'Afrique du nord.
L'Arabie Saoudite possède 27 usines de dessalement produisant
à peu près 12 millions de mètres cubes d'eau par
jour et fournissant 70% de l'eau potable du pays. Les Émirats
Arabes Unis produisent environ 5,5 millions de mètres cubes par
jour et le Koweït à peu près 3 millions.
Mais
aujourd'hui, même aux États-Unis où l'eau reste
encore relativement bon marché, le dessalement commence à
se faire une place dans la liste des ressources, au moins dans quelques
endroits. A Tampa en Floride, une nouvelle usine construite au coût
de 100 millions de dollars - la plus grande usine occidentale de dessalement-
a ouvert en mai 2003 avec une production de départ de 95 millions
de litres par jour. Il est prévu que l'usine assure à
peu près 10% des besoins en eau de la région de Tampa
d'ici 2008.
Plusieurs
facteurs combinés font du dessalement une option plus viable
aujourd'hui. La population mondiale est en constante augmentation alors
que les ressources naturelles en eau sont fixes. La consommation par
personne continue également d'augmenter, au fur et à mesure
que les pays les moins développés s'industrialisent et
que l'eau devient nécessaire pour l'irrigation agricole, l'industrie,
les lave-vaisselles et les douches. De plus, la proportion d'eau douce
de la planète pouvant être utilisée pour subvenir
à ces besoins est en déclin à cause de la pollution
croissante des nappes phréatiques. Dans beaucoup d'endroits,
la privatisation de l'eau a encouragé les investissements dans
le domaine potentiellement lucratif du dessalement.
Dans
le même temps, les nouvelles technologies ont entraîné
une baisse du coût du dessalement. La nouvelle technique "spray-flash",
développée à l'Université Saga de Kyushu
au Japon, utilise efficacement les différences de température
de l'océan en générant de la vapeur avec l'eau
chaude de la surface et en la refroidissant avec l'eau prise en profondeur
et en la condensant pour en faire de l'eau douce.
Au
moins un aspect du dessalement pourrait inquiéter les écologistes.
Beaucoup d'usine de dessalement sont construites en collaboration avec
des centrales nucléaires, qui ont besoin d'eau pour le processus
de refroidissement. Avec une raréfaction grandissante à
la fois de l'eau et de l'énergie, il n'est pas difficile d'imaginer
un scénario politique dans lequel l'efficacité de la combinaison
centrale nucléaire/usine de dessalement ferait du manque d'eau
un argument contre la sortie du nucléaire.
A la rescousse de la grande barrière de corail
Par
Ed Ayres
L'Australie
a fait le premier pas vers la protection de sa grande barrière
de corail, le plus grand récif corallien au monde, contre les
effets destructeurs de la pêche intensive. Il y a encore peu de
temps, 4,5% seulement de ce grand récif était interdit
à la pêche. La vie marine des 95,5% restant était
livré au pillage, et son habitat se détériorait
rapidement. Mais en juin dernier, le ministre australien de l'environnement
David Kemp a annoncé que la zone protégée serait
étendue à 30%.

Les
océanologues et les écologistes ont bien accueilli cette
mesure, mais l'ont décrite comme étant encore insuffisante
; ils ont fait remarquer que la pêche intensive n'était
qu'une des causes majeures de la destruction de la barrière de
corail. Le réchauffement de la planète, la pollution de
l'océan par les rejets depuis les bateaux ou les côtes
et les dommages causés par les touristes chasseurs de souvenirs
tiennent aussi un rôle important dans la destruction du récif.
Bob Brown, le chef du Parti Écologiste australien, a observé
que la nouvelle mesure ne prévoyait pas de réduire les
rejets de produits chimiques des industries côtières et
de l'agriculture ; pas plus qu'elle ne prenait en compte l'impact du
réchauffement de la planète, qui est en partie responsable
du phénomène très répandu du blanchiment
du corail - une décoloration des structures coralliennes qui
abritent une grande partie de la vie marine tropicale.
Les
nouvelles technologies permettent d'éviter les stérilisations
effractives
Par
Radhika Sarin
Les
hommes voulant subir une stérilisation ont désormais une
alternative à la vasectomie. Le Vasclip, un système ayant
environ la taille d'un grain de riz, a été lancé
en avril aux États-Unis. Lors d'une procédure durant à
peu près 10 minutes, le Vasclip est implanté dans chaque
canal déférent pour stopper l'afflux de spermatozoïdes.
Dans une vasectomie classique de 30 minutes, chaque canal déférent
est sectionné et leurs extrémités sont liées,
cousues ou cautérisées.
Bien
que le Vasclip ait reçu l'aval de la FDA (Food and Drug Administration)
en août 2002, sa commercialisation a été retardée
d'une année, le temps de terminer les tests cliniques. D'après
la Vasclip Company, les résultats des tests indiquent
un taux d'infections et de gonflements moins élevé avec
ce système qu'avec une vasectomie. Comme avec la vasectomie,
le processus est irréversible. Cependant, la société
prévoit de mettre à l'étude la réversibilité
de l'opération, ce qui apparaît comme possible étant
donné que l'utilisation du Vasclip minimise les dégâts
causés aux canaux déférents. Pour l'instant le
Vasclip n'est disponible qu'aux États-Unis.
Les
femmes aussi ont une nouvelle possibilité de contraception permanente.
La FDA a autorisée l'Essure, un appareil permettant la stérilisation
sans recours à la chirurgie, en novembre 2002. Au cours d'une
opération d'environ 35 minutes, un appareil en forme de ressort
est posé dans chaque trompe de Fallope. Les tissus réagissent
à l'appareil, et au bout de trois mois, il s'est formé
suffisamment de tissus cicatriciels pour boucher les trompes de façon
permanentes. Pour une stérilisation traditionnelle, les trompes
de Fallope sont sectionnées et nouées au cours d'une opération
nécessitant une anesthésie générale et quatre
ou cinq jours de convalescence. La procédure pour l'Essure ne
demande qu'une anesthésie locale, et la patiente peut retourner
chez elle au bout 45 minutes et reprendre ses activités normales
au bout d'un ou deux jours.
Avant
d'être autorisée aux USA par la FDA, l'Essure était
déjà disponible en Australie, à Singapour, au Canada
et dans l'Union Européenne, et avait été autorisée
en janvier en Indonésie. Bien que ce procédé ait
subi des tests cliniques aux USA, en Europe et en Australie, la FDA
a demandé à ce que Conceptus, la société
qui l'a mis au point, poursuive une étude de cinq ans pour s'assurer
qu'il ne cause aucune complication à long terme.
Les femmes gagnent des sièges en politique, mais le fossé
en matière d'éducation et d'emploi est loin d'être
comblé
Par
Radhika Sarin
D'après
un rapport du Fond de Développement des Nations Unies pour les
Femmes (UNIFEM), ces dernières ne représentaient que 14%
des membres aux parlements nationaux du monde en 2002. Cependant, le
rapport note une tendance encourageante vers une plus grande participation
politique des femmes entre 2000 et 2002.
En
2002, les femmes occupaient au moins 30% des places politiques importantes
dans 11 pays : la Suède, le Danemark, la Finlande, la Norvège,
l'Islande, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Afrique du Sud, le Costa Rica,
l'Argentine, et le Mozambique. Les gouvernements s'étaient mis
d'accord pour se fixer le chiffre de 30% comme objectif à la
Quatrième Conférence Mondiale sur la Femme qui s'est tenue
à Pekin en 1995.
Contrairement
aux autres indicateurs de progrès, la participation politique
des femmes ne dépend pas du revenu national. Dans trois des pays
les plus riches du monde - les États-Unis, la France et le Japon
- la proportion de femmes à des postes politiques est comprise
entre 10 et 12%, alors qu'elle est plus élevée dans 38
pays en voie de développement. Pour la totalité des 11
pays en tête du classement, on a utilisé des quotas ou
d'autres mesures spéciales pour aider les femmes à se
faire élire.
Dans
l'État nouvellement indépendant du Timor Oriental, 26
femmes ont été élues au parlement national aux
élections d'août 2001. "Dans les situations suivant
un conflit, quand de nouvelles constitutions et de nouvelles structures
législatives sont adoptées, il est extrêmement important
que les femmes soient présentes à la table des négociations
et dans le processus politique d'après-guerre", commente
la directrice exécutif de l'UNIFEM, Noeleen Heyzer.
Les
progrès ont été plus lents pour combler le fossé
homme/femme en matière d'éducation, d'alphabétisation
et d'emploi. Et il reste des différences systématiques
entre les pays pauvres et les pays riches. Les pays avec le taux le
plus bas d'inscription des filles pour des études secondaires
ou de parité fille/garçon à l'inscription, se situent
tous, à une exception près, en Afrique Subsaharienne.
En Asie du Sud, la pauvreté, alliée à une forte
préférence pour les garçons ferme la porte de l'école
à beaucoup de filles, leur éducation étant souvent
considérée comme une perte de temps et d'argent.
Même
dans les pays ayant réalisé les plus grandes avancées
dans l'alphabétisation des femmes, la vitesse de ces progrès
est, d'après le rapport, trop lente. En Guinée-Bissau,
47% des jeunes femmes savaient lire et écrire en 2002, comparé
à 34% en 1995. Mais, en se basant sur la progression moyenne
entre 1988 et 2002, il faudra à peu près 15 ans pour atteindre
95% d'alphabétisation des femmes en Guinée-Bissau. En
Irak, au rythme de la progression actuelle, cela prendrait 74 ans.
Les
populations de grands poissons de mer décimées
Par
Danielle Nierenberg
D'après
une étude publiée dans le numéro de Nature du 15
mai, la pêche industrielle aurait fait disparaître au moins
90% des grands prédateurs océaniques - thons, poisson
épieux, espadon, requin, cabillaud, flétan, raie et carrelet
- seulement sur les 50 dernières années. Les chercheur
Ransom Myers et Boris Worm de l'Université de Dalhousie au Canada
et de l'Institut des sciences marines en Allemagne, ont découvert
que la pêche industrielle "avait décapé les
océans du globe, détruisant ainsi la dernière zone
inexplorée du globe". En fait, d'après leur étude,
l'impact des activités humaines sur les écosystèmes
océaniques de la planète aurait été largement
sous-estimé.
"Nous
sommes tellement performants quand il s'agit de détruire"
a déclaré le directeur des recherches Ransom Myers, "que
nous ne nous rendons même pas compte de ce que nous avons perdu."
Les pertes sur les cinquante dernières années ont été
énormes, et le mal a été fait avant même
que l'on ait eu des informations sur la taille de nombreuses populations
de poissons.
D'après
le New York Times, des océanographes, sans liens avec
cette étude, ont déclaré qu'elle donnait "les
meilleures preuves jusqu'ici que les rendements récents des flottes
de pêche avaient été maintenus à de hauts
niveaux seulement parce que ces dernières étaient allées
chercher des populations de poissons toujours plus distantes qu'elles
avaient exploitées de façon intensive." Quand le
nombre de prédateurs océaniques a été réduit,
le nombre des espèces de plus petite taille a pu augmenter, mais
pour seulement peu de temps avant qu'elles aussi ne soient victimes
de la pêche intensive. Myers et Worm ont collecté des données
sur toutes les zones de pêche importante du monde (comprenant
des communautés de grands prédateurs de quatre plates-formes
continentales et de neuf systèmes océaniques). Ils ont
été surpris d'apprendre que les flottes de pêche
industrielles mettaient seulement 10 à 15 ans pour réduire
une de poissons nouvellement découverte à un dixième
de sa population initiale.
Les
experts de l'industrie de la pêche ont longtemps cru qu'il y avait
d'immenses réserves de poissons dans les écosystèmes
océaniques et que la mer était une source de nourriture
illimitée. Mais les informations des chalutiers de recherche
(des bateaux qui raclent littéralement le fond des océans),
les études, et les bateaux Japonais qui pêchent à
la palangre (un système de pêche qui permet de prendre
une grande variété d'espèces sur des zones étendues)
montrent que l'avancée et l'utilisation à grande échelle
de ces technologies se sont révélées un désastre
pour la plupart des prédateurs marins du monde. Selon Worm, ce
sont ces poissons auxquels nous accordons la plus grande valeur pour
l'économie et l'écosystème. S'il venaient à
disparaître, il en irait de même des millions de communautés
et d'activités qui en dépendent tant au niveau alimentaire
que financier.
Dans
un rapport rendu public en juin par la National Oceanic and Atmospheric
Association du département du commerce américain,
les scientifiques du gouvernement réaffirment que les stocks
de poissons aux États-Unis sont pêchés en trop grande
quantité ou trop rapidement. D'après le Marine Fish
Conservation Network, il s'agit de la troisième fois en quatre
ans que le statut des stocks piscicoles gérés au niveau
fédéral se dégrade. Selon les experts, une coopération
internationale est nécessaire pour résoudre ce problème.
En
2002, au Sommet mondial du développement durable, 192 pays se
sont engagés à restaurer les stocks de poissons pour une
exploitation viable d'ici 2015. Cela signifie qu'il faudra créer
un système de gestion de la pêche basé sur les écosystèmes
- en réduisant la proportion de poissons tués chaque année
par une diminution des quotas, la suppression des subventions, et la
limitation des prises accessoires (les poissons qui sont rejetés
parce qu'ils n'ont pas de valeur économique), et en créant
des réseaux de réserves marines pour protéger le
peuplement piscicole.
(1) Le rapport estime que les besoins humains de base
en eau sans contaminant dangereux sont de 20 à 50 litres par
jours. L'OMS et l'UNICEF définissent un accès acceptable
à l'eau comme étant de 20 litres par jour, provenant d'une
source aménagée, située à moins d'un kilomètre
du domicile de l'utilisateur.
