Edito:
Un nouveau leadership en provenance du Sud


 
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Par Hilary F. French

Les initiatives dans le domaine de l'environnement sont un produit rare par les temps qui courent. De la manière la plus dramatique qui soit, ce vide fut mis en évidence lors du rejet du protocole de Kyoto par les États-Unis en 2001, puis par la complicité de nombreux gouvernements pour affaiblir les engagements environnementaux et sociaux négociés durant la préparation du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002.

C'est sur cette toile de fond que les Ministres de l'environnement se sont réunis à Nairobi au Kenya au début de février pour le Forum ministériel du Programme des Nations Unies pour l'Environnement. Bien que l'ordre du jour officiel était un post-mortem de la Conférence de Johannesburg, cette question généra moins d'intérêt que le développement récent des droits politiques au Kenya.

A la fin décembre, la population du pays avait déchu le Président Daniel arap Moi du Parti de l'Union nationale africaine du Kenya, au pouvoir depuis l'indépendance du pays de la Grande-Bretagne en 1963. Ce fut une transformation paisible, par les urnes. Fondatrice du célèbre Green Belt Movement, Wangari Maatthai a été nommée assistante du ministère de l'Environnement. Battue et mise en prison quelques années plus tôt pour ses efforts afin de protéger les forêts du pays, Maatthai est aujourd'hui une personnalité centrale du gouvernement Kenyan. Elle est très active dans ses efforts pour protéger les forêts écologiquement riches du pays en poursuivant les auteurs de coupes illégales, en combattant la production abusive de charbon de bois ou d'autres activités nuisibles.

Il est encourageant de constater que les événements récents au Kenya apparaissent comme un élément d'une tendance lourde : la démocratisation dans les pays du Sud amène au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants sensibles à l'environnement. Au Brésil, la victoire en 2002 de Luiz ("Lula") da Silva, du Parti du Travail, a conduit à la nomination de Marina Silva au poste de Ministre de l'environnement. Silva est une sénateur représentante de l'État amazonien d'Acre. C'est après une enfance passée à recueillir le caoutchouc au cœur de l'Amazone, où elle travailla avec Chico Mendes, vers la fin de sa vie, pour contrer la destruction de la forêt, qu'elle a accédé à cette position. Elle participa avec Mendes à la création de réserves d'extraction destinées à la récolte du caoutchouc, et à d'autres activités, qui offriraient du travail aux habitants de la région, en s'appuyant sur la protection plutôt que la destruction des forêts environnantes.

Ces deux nominations récentes suivent de près des événements au Mexique en 2000 où la victoire du Président Vincente Fox du Parti de l'action nationale mit fin à 71 ans de règne du Parti institutionnel révolutionnaire (PRI). Fox nomma Victor Lichtinger ministre de l'Environnement et ce dernier participa en 2002 à la fondation du "Groupe des pays avec une approche commune sur leur méga-diversité". Constitué de quinze pays en développement qui sont collectivement hôtes de 70% de la diversité biologique, le groupe met en commun son poids politique pour promouvoir une protection accrue de la richesse écologique de la planète. Il défend également des réglementations internationales plus équitables visant à assurer une protection des savoirs traditionnels.

Favorables à l'environnement, tous ces nouveaux dirigeants font face à de grands obstacles, parmi lesquels l'opposition arrêtée d'autres ministres avec davantage de pouvoir : ceux des finances, du commerce et de la construction. Toutefois, leur émergence sur la scène internationale est un signe d'espoir.

Hilary F. French, Directrice de Global Governance Project